Fête de l’Ascension

Lecture de l'Évangile selon Saint Luc (24,36-53)

(Selon le texte du Spoutnik)

 

En ce temps-là, Jésus, étant ressuscité des morts, se tint au milieu de ses disciples et leur dit : La paix soit avec vous ! Saisis de stupeur et d'effroi, ils d'imaginèrent voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi tout ce trouble, et pourquoi ces incertitudes en vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds : c'est bien moi ! Touchez-moi et regardez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai ! Et ce disant, il leur montra ses mains et ses pieds. Mais comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et s'étonnaient, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un rayon de miel, qu'il prit et mangea devant eux. Puis il leur dit : C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous : il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Alors il leur ouvrit l'esprit pour leur faire comprendre les Écritures, et il leur dit : Ainsi est-il écrit et ainsi fallait-il que le Christ souffrît, qu'il ressuscitât des morts, et qu'à toutes les nations, à commencer par Jérusalem, fussent prêchées en son nom la repentance et la rémission des péchés. De cela vous êtes témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous autres, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut. Puis il les conduisit vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut enlevé au ciel. Quant à eux, s'étant prosternés devant lui, ils revinrent à Jérusalem en grande joie. Et ils étaient constamment dans le Temple, louant et bénissant Dieu. Amen.

 

Homélie de l'Ascension (2 juin 2019)

Homélie de l'Ascension (15 mai 2018)

Homélie de l'Ascension (8 mai 2016)

Homélie de l'Ascension (mai 2015)

 

Homélie du Père Maxime sur l'Ascension du Seigneur (14 mai 2015) 

 

         Au cours de la Liturgie de cette fête, nous avons confessé, comme lors de toute Liturgie, le Symbole de notre foi – car la Liturgie, en tant que « mémorial », est le lieu par excellence de la confession de la foi. De ce fait, nous avons chanté ces paroles : « Il est monté aux cieux et est assis à la droite du Père et il viendra de nouveau avec gloire pour juger les vivants et les morts ». Ces paroles s’inscrivent au cœur de notre confession de foi, redoutable confession par laquelle nous osons nous présenter, au prix de notre vie, en témoins de la Mort et de la Résurrection du Christ. Or, la fête de ce jour, que l’on appelle traditionnellement « fête de l’Ascension », nous offre la grâce de vivre, par nos chants et nos hymnes, une dimension importante du Mystère de la Résurrection du Christ. « Il est monté aux cieux » : qu’est-ce à dire, en effet, si ce n’est proclamer, de manière spécifique, qu’il est ressuscité d’entre les morts ? La proclamation de l’Ascension du Christ fait tout particulièrement ressortir une incidence décisive propre au Mystère de la Résurrection, à savoir la force ascensionnelle de la vie en Dieu. Être témoin de la Résurrection du Christ, c’est aussi, indissociablement, se montrer témoin de la réalité mystérieuse de son « Ascension » : de son élévation en Dieu. Saint Paul ne dit-il pas lui-même : « C’est pourquoi Dieu l’a suprêmement exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au Nom de Jésus, tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et aux enfers … »  (cf. Ph. 2, 9-10) ?  


    Mais savons-nous ce que nous disons lorsque, à la suite du témoignage de l’Évangéliste Luc, nous répétons à satiété que Christ est monté aux Cieux et qu’il est assis à la droite du Père ? Quelle réalité proclamons-nous ? Quelle réalité propageons-nous à notre tour ? À quelle réalité nous efforçons-nous de nous montrer fidèles ? La littéralité des mots peut être trompeuse. Et pourtant, n’est-ce pas le sort de la Parole que d’être prise au piège des mots ? Quand nous témoignons, ici, de la résurrection des morts, est-ce à dire que nous aurions assisté à la revivification d’un cadavre ? Lorsque nous disons, ici, que le Christ est monté aux Cieux, est-ce à dire que nous l’aurions vu léviter au-dessus de nos têtes ? Et pourtant, il n’est pas indifférent de dire que Christ est ressuscité ou qu’il a été élevé dans la gloire. Nous ne mesurons pas l’impact que de tels mots peuvent avoir sur notre conscience, lorsque nous les répétons, les chantons et les confessons avec foi.


    La première question – et non des moindres – qui se pose à nous est de savoir de quoi, au juste, nous sommes les témoins et comment nous pouvons l’être ? Sommes-nous, à ce titre, moins bien lotis ou moins bien placés que les Apôtres et la communauté des premiers disciples pour pouvoir attester la vérité de tels événements ? Nous serions bien surpris de découvrir qu’il n’en est rien. Nous parlons, certes, sur la base d’un témoignage qui n’est pas le nôtre ; mais il est hautement vraisemblable que ce témoignage, tel qu’il nous a été transmis, et en raison même du prix d’une telle transmission, soit, par lui-même, beaucoup plus puissant et beaucoup plus porteur de vérité que ne le serait une simple attestation extérieure des faits relatés. C’est à nous, désormais, de scruter ce témoignage, non pas pour vérifier sa véracité, mais pour voir si l’expérience requise pour que les premiers disciples deviennent « témoins » concorde avec l’expérience requise, aujourd’hui, pour faire « nôtre » leur témoignage. Peut-être cela contribuera-t-il à nous affermir dans la conscience que nous ne sommes pas moins témoins que les Apôtres, eux qui avaient eu une connaissance directe – et même « physique » – de la personne de Jésus de Nazareth. La vérité du témoignage est peut-être proportionnelle à la peine qu’il en coûte pour devenir, quelle que soit l’époque, conforme à ce que l’on dit. C’est ce que prouve de façon éloquente la conversion de Saul en l’Apôtre Paul, car ce dernier n’a jamais eu de connaissance directe de Jésus.


    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne dut pas être facile aux Apôtres de rencontrer le Christ ressuscité. Cette expérience n’allait pas de soi ; et peut-être leur fut-elle difficile à proportion même de ce qu’ils avaient connu Jésus avant sa mort. Nous n’imaginons pas le saut intérieur qu’il leur fallut effectuer dans la foi. Laborieux et parsemé de doutes et de frayeurs dut être le chemin de foi à parcourir entre le fait de toucher le Maître et celui de découvrir que l’on a touché le Verbe de Vie. Or, c’est précisément ce chemin intérieur parcouru par les premiers témoins – cette épreuve marquée, au finale, du Sceau de l’Esprit – qui fait que notre joie, celle des témoins que nous sommes aujourd’hui, peut devenir « parfaite ». Ce ne fut donc pas chose aisée pour les Apôtres que de rencontrer le Vivant. Le Pasteur avait été frappé, le troupeau dispersé. Comment retrouver ces liens, aussi douloureusement brisés ? Par quelle transformation intérieure ne faudrait-il pas passer ? Et c’est peut-être aussi cela que symbolise le nombre de « quarante » jours, indiqué par S. Luc pour évoquer la période des retrouvailles après la mort.


    Nous nous représentons volontiers ces quarante jours passés avec le Maître comme un temps idyllique de béates retrouvailles, un temps où Jésus se serait contenté d’apporter les derniers rectificatifs à un enseignement de trois ans, déjà bien ficelé ! Mais « quarante » évoque, dans la Bible, une période de mise à l’épreuve. Ce temps passé avec l’Époux est avant tout un temps d’ultime préparation à une nouvelle mission. Ces quarante jours peuvent évoquer la mystérieuse période de probation de Jésus au désert, sous la guidance de l’Esprit. Il s’agit, certes, pour les Apôtres d’un temps d’intimité qui n’exclut pas la joie ; mais cette joie-là est le fruit d’une véritable conversion du regard et du cœur. Pendant ces quarante jours, l’Esprit est déjà secrètement à l’œuvre pour enfanter des témoins destinés à prolonger et à propager le « beau témoignage » que Jésus a rendu par sa Croix.


     Pour les disciples, rencontrer le Christ ressuscité passe par l’acceptation d’un grand deuil, à savoir ne plus retrouver le Maître comme avant. Il leur faut accepter de perdre définitivement de vue cet homme, tel qu’ils l’ont connu, touché, entendu, embrassé. D’autres sens doivent s’ouvrir pour le percevoir tel qu’il est : en sa vérité, en sa gloire. Mais alors, nous, à qui un tel deuil est épargné, sommes-nous si éloignés de la condition de départ requise pour devenir de vrais témoins du Christ ressuscité ?

 

    Être témoin de la Résurrection, c’est en faire l’expérience ! Mais pour en faire l’expérience, ne faut-il pas passer en conscience par une certaine mort ? Ainsi en fut-il pour les Apôtres ; ainsi doit-il en être pour nous. Il s’agit, comme pour les Apôtres, de nous laisser aspirer par le Mystère de la vie : aspirer dans le Mystère de la Vie. Voilà ce que les disciples doivent encore apprendre de Jésus, s’ils veulent le retrouver réellement et parfaitement vivant : ils doivent sentir que tout son être a été pris dans un mouvement ascensionnel qui l’arrache à l’empire de la mort et le propulse dans la Source éternelle de la Vie. L’eau de cette Source doit pouvoir jaillir en nous et nous devons pouvoir la goûter, chaque fois que nous faisons mémoire de la Mort et de la Résurrection de Jésus.


    Le Christ est monté aux cieux ! Mais quand est-il monté aux cieux ? Et vers quels cieux est-il monté ? Quelles sont donc ces nuées qui l’ont dérobé à la vue des disciples pour que, de manière mystérieuse, celui-ci soit révélé comme vivant aux yeux de notre foi ? La véritable Ascension du Christ a commencé, paradoxalement, au moment où, aux yeux du monde, le corps de Jésus était élevé sur un gibet : lorsque le Fils de l’homme était élevé comme le serpent au désert. C’est au moment même où, aux yeux du monde, Jésus était engouffré dans l’abîme de la mort, que les portes du ciel se sont ouvertes au-dessus du Fils de l’homme ; c’est alors que les anges, montant et descendant sur l’invisible échelle de Jacob, se sont écriés, les uns aux autres : « Élevez, Princes, vos portes, pour qu’il entre le roi de gloire ! » Mais qui est ce roi de gloire ? Les Apôtres ont mis quarante précieux jours pour adapter leurs sens à la vision de ce roi de gloire. Selon le témoignage des Évangiles, le contact avec Jésus ressuscité était intermittent. Ce contact pouvait s’avérer fort, voire réaliste (puisqu’ils virent Jésus manger et qu’ils purent le toucher) et, cependant, il n’appartenait pas aux disciples de décider de voir le Maître ou de le toucher. Ils ne retrouvaient plus leur perception ordinaire de Jésus : quelque chose leur échappait. Sentir la présence de Jésus n’était pas exempt de frayeur et de doutes. Il leur fallait être apaisés par la parole du Maître ; mais celle-ci se faisait aussi pressante et exigeait que l’on retournât à ses copies et que l’on revît de fond en comble sa lecture et sa compréhension des Écritures. Ne sommes-nous pas, encore aujourd’hui, soumis à ce même régime, si nous souhaitons maintenir vivant notre lien avec le Christ ressuscité : ne jamais rester figé dans la lecture que nous faisons de la Parole de Dieu ?  Mais la patience ne fut sans doute pas la moindre des épreuves des Apôtres. Devant l’imminence de la Promesse – pour Israël, ce n’était pas faute d’avoir attendu ! – il leur fallait encore attendre. Pire encore, il leur fallait lâcher totalement prise par rapport au temps : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments … » (Ac 1, 7). Il n’est pas jusqu’à l’espace qui, dans de telles conditions, devait changer de configuration à leurs yeux. Pour apprendre à visiter les confins de la terre, ordre leur était donné de ne pas quitter Jérusalem jusqu’à ce que survienne en eux une puissance de l’Esprit. C’est comme s’il leur était demandé de trouver leur véritable « centre », à savoir celui qui se révèle dans une authentique communion, avant que ne se dévoile à eux l’espace que leur ouvrirait la Parole de Dieu.  


    Si nous sommes vraiment attentifs au témoignage des Écritures, nous pourrons reconnaître des similitudes entre ce qui fut l’ordinaire des disciples, pendant ces quarante jours où ils furent comme aspirés dans le Mystère de la Résurrection de leur Maître, et ce que, nous-mêmes, nous vivons lorsque nous nous laissons approcher par le Christ ressuscité. Nous sommes confrontés à ce même paradoxe de la distance et de la proximité, de la solitude et de la présence, de la fragilité et de la force, de la séparation et de la joie. Nous voudrions fixer dans l’instant et dans l’espace l’expérience d’un contact avec le Christ ressuscité. Or, précisément, c’est une véritable transfiguration de notre rapport au temps et à l’espace qu’il nous est demandé de vivre. Tel est, me semble-t-il, un des sens de l’expérience pascale de l’Ascension. Il ne s’agit pas d’un événement qui se surajoute à la Pâque : c’est le dynamisme même de la Pâque qui transfigure pour nous l’espace et le temps.


    En nous laissant absorber dans le Mystère de la Pâque, nous entrons dans un temps qui n’est pas mesuré par nos horloges et nos calendriers de productions mais par le battement de notre cœur, lorsque celui-ci s’émeut de compassion ou de miséricorde pour autrui. De la même manière, lorsque nous laissons agir en la profondeur de notre être la grâce de la Résurrection, s’ouvre pour nous un espace miraculeux dont les distances ne sont pas franchies par nos engins, mais par la main que nous tendons à notre prochain. Si nous ne comprenons pas que l’Ascension du Maître nous invite à changer totalement de dimension, nous serons comme les disciples, non encore totalement visités par l’Esprit, et nous entendrons la même voix venue d’en-haut nous dire : « Pourquoi vous tenez-vous là, à regarder vers le ciel ? » Voilà pourquoi Saint Paul nous avertit, de manière analogue, en reprenant les paroles du Deutéronome : « Ne dis pas en ton cœur : ‘ Qui montera au ciel ?’, c’est-à-dire pour faire descendre le Christ ; ou bien : ‘Qui descendra dans l’Abîme ?, c’est-à-dire pour faire remonter le Christ d’entre les morts ». En effet, ajoute Paul : « Près de toi est la parole, dans ta bouche et dans ton cœur » (cf. Rm 10, 6-8). Ne cherchons donc pas en-dehors de nous-mêmes la vérité d’un témoignage qui tient à l’unité de la parole entre notre cœur et nos lèvres. Si, en effet, nous nous montrons capables d’avoir une seule et même parole pour traduire par notre bouche ce que nous concevons et pensons dans notre cœur, cette parole aura tôt fait d’établir une jonction vivante entre le ciel et la terre, et nous pourrons, assurément, nous lever en authentiques témoins de la Résurrection.

 

Maxime Gimenez

Homélie sur l'Ascension du Seigneur (14 mai 2015)
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Prochaine activité :

- Retraite longue (voir programme 2020).

  

Nouveautés : 

- Livre du Père Maxime Gimenez sur : 

"Le couple - De l'unité primordiale  aux noces cosmiques" - aux Éditions du Cerf (janvier 2018)

Entretien « Je n'irai pas dire ton mystère à tes ennemis - Le Langage chrétien du Mystère. »  (CD C)

Programme 2019-2020

 

Pensée du jour : 

Comment franchir joyeuse-ment les portes de la Vie sans la mémoire d'une lumière qui nous rappelle le Ciel ?

 

Homélies récentes du Père Maxime :

- Homélie du dimanche de Zachée (26 janvier 2020)

- Homélie sur "Le Baptême du Christ" (12 janvier 2020)

- Homélie sur "La Circonci-sion et Jésus dans le temple à l'âge de douze ans" (1er janvier 2020)

- Homélie sur "La fuite en Égypte" (29 décembre  2019)

- Homélie sur la parabole du Bon Samaritain (1 décembre  2019)

- Homélie sur la Fête de l'entrée de la Mère de Dieu au Temple (24 novembre 2019)

- Homélie sur "Soyez miséricordieux" (20 octobre 2019)

- Homélie sur l'Évangile de la Cananéenne (6 octobre 2019).

- Homélie sur l'Exaltation de la Croix (22 septembre 2019)

- Liturgie de Rentrée -  Homélie sur "Le droit de répudier sa femme" (24 août 2019).

 

  

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